Vercoquin
et le Plancton
Quand
on a passé sa jeunesse à
ramasser des mégots aux Duex-Mégots (Café de St Germain), à laver des verres
dans une arrière-boutique sombre et crasseuse, à se couvrir, en hiver, de
vieux journaux pour se réchauffer sur le banc glacé qui vous tient lieu tout
à la fois de chambre à coucher, de demeure et de lit, quand on s'est vu
conduit au poste par deux gendarmes pour avoir volé un pain chez le boulanger
(ne sachant point encore qu'il est beaucoup plus aisé de le dérober au filet
de la matrone qui revient du marché);
quand on a vécu au jour le jour trois cent soixante-cinq fois et un quart par
an, tel l'oiseau-mouche sur la branche du micocoulier, en un mot quand on s'est
nourri de plancton, on a des titres au nom d'écrivain réaliste, et les gens
qui vous lisent pensent en eux-mêmes : cet homme a vécu quelquefois d'autres
choses, ou rien du tout, mais je n'en ai pas besoin pour la suite. [...]
Cette oeuvre magistrale n'est pas un roman réaliste, en ce sens que tout ce que
l'on y raconte s'est réellement produit. En pourrait-on dire autant des romans
de Zola ?
Par conséquent, cette préface est absolument inutile, et par là même atteint
le but visé.
Bison Ravi.